La rencontre entre Freud et Gustav Mahler

On peut lire, sous la plume de Jones[1], le biographe attitré de Freud, l'histoire d'une rencontre entre Gustav Mahler et le fondateur de la psychanalyse. Citons le texte de Jones :

 

"Au cours de la conversation, Mahler déclara soudain qu'il comprenait maintenant pourquoi sa musique n'atteignait pas les plus hauts sommets de l'art. Les passages les plus grandioses, ceux qui étaient inspirés par les émotions les plus profondes, se trouvaient gâchés par l'intrusion de mélodies banales. Le père de Mahler, personnage sans doute brutal, maltraitait sa femme et Mahler enfant avait été témoin d'une scène de ménage particulièrement pénible. La situation lui paraissant intolérable, le jeune garçon s'enfuit de chez lui. Mais à ce moment là, il entendit, dans la rue, une hurdy-gurdy jouer l'air populaire viennois : Ach, Du lieber Augustin. Mahler pensait que le rapprochement entre un sombre drame et un amusement léger s'était à tout jamais fixé dans son esprit et que l'un des états d'âme devait inévitablement entraîner la survenue de l'autre."

 

Ainsi un lien opéré par l'inconscient hors toute logique rationnelle, se serait-il constitué en utilisant probablement une vielle à roue[2] comme objet vecteur générant une condensation, ce qui va tout à fait dans le sens du mystérieux pouvoir qu'on pourrait lui prêter

 

 

 



[1] JONES Ernst, La vie et l'œuvre de Sigmund Freud, 2/ Les années de maturité, 1955, Paris P.U.F. 1961, p.84.

[2] L'anglais est la seule langue utilisant un  mot (hurdy gurdy) qui ne distingue pas l'orgue de barbarie de la vielle à roue, deux instruments mis en mouvement par une manivelle effectuant un geste circulaire.